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Marbreur

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L'ebrû, ou l'art du papier marbré, est une technique de coloration du papier qui peut être utilisé pour la décoration des reliures de livres, ou alors tout simplement pour lui‐même, en tant qu'oeuvre d'art. Le marbreur projette ses couleurs sur un bac rempli d'eau épaissie à l'aide de gomme adragante. Les couleurs, mélangées à du fiel de boeuf, flottent sur l'eau et se repoussent entre elles. Les pinceaux sont fabriqués artisanalement à partir de bois de rose et de crin de cheval. Les couleurs projetées sur l'eau font apparaître des motifs en forme de nuages, c'est la raison pour laquelle cet art est appelé « ebri » ce qui signifie « comme le nuage » en persan. Le nom d' « ebri » a évolué en « ebrû » afin de pallier aux difficultés de prononciation de son nom d'origine. De plus, « ebrû » signifie en persan " le sourcil ", une image qui correspond parfaitement aux motifs du papier marbré.
L'art de l'ebrû est né en Asie centrale, il se répand en Inde, en Iran, puis arrive jusqu'à Istanbul et atteint enfin l'Europe au début du XVIIe siècle où il est appelé « papier turc » ou « papier marbré turc ».

 

 

Description de la technique et des outils spécifiques à l'Ebrû :

 

1 - Récipient

Le bac contenant l'eau sur laquelle sont projetées les couleurs présente certaines spécificités. A l'origine, les artisans utilisaient un bac en zinc ou en bois dont l'intérieur était recouvert de bitume afin de garantir une meilleure étanchéité. De nos jours, on utilise un bac en inox pour plus de facilité d'entretien.
La taille du récipient dépend de la taille du papier sur lequel on va appliquer la peinture. Les dimensions du récipient doivent être supérieurs d'un demi centimètre à cinq centimètres au papier, en fonction des motifs à réaliser. Car, quand le papier entre en contact avec l'eau, il s'allonge de 2 à 3 mm, parfois plus selon le type de papier. Le récipient doit avoir 5 à 6 cm de profondeur et les bords doivent être très lisses ou recourbés de manière à ne pas accrocher le papier et abîmer les couleurs au moment de sa sortie du récipient.

2 - Epaississants

L'eau sur laquelle on projette les couleurs est épaissie à l'aide de gommes ou d'algues. Ces épaississants utilisés dans l'art du papier marbré sont des produits d'origine végétale qui aident à fixer les couleurs sur le papier.
Le Kitre (gomme adragante) est beaucoup utilisé, c'est la sève séchée d'une plante appelée geven et qui fait partie de la famille des Astragales (Astragalus). On trouve cette gomme surtout en Turquie et en Grèce.
Le Chondrus crispus ou mousse irlandaise que l'on trouve sur les rochers à marée basse, est un des autres épaississants possibles. On peut s'en procurer notamment sur le littoral breton.
• D'autres herbes connues dans l'industrie alimentaire sont parfois également utilisées.

3 - Le fiel de boeuf

Le fiel de boeuf pur est sans aucun doute l'ingrédient le plus important dans la réussite du papier marbré. Il contient des acides actifs qui permettent aux couleurs de flotter sur l'eau tout en évitant qu'elles se mélangent entres elles.

4 - Couleurs

Traditionnellement, on utilise des pigments naturels (ocres, oxydes et pigments végétaux) qui se dissolvent pas dans l'eau. On écrase les couleurs, jusqu'alors sous forme de poudre, en les mélangeant avec de l'eau et du fiel de boeuf jusqu'à ce que l'on obtienne une pate homogène.

5 - Pinceaux

On privilégie les pinceaux traditionnels faits main pour la projection des couleurs sur le bac. La brosse est faite en crin de cheval ; le manche, en bois de rose et un fil de pêche maintient le tout.

6 - Papiers

Il est préférable d'utiliser des papiers absorbants dont le grammage varie entre 60 et 90 grammes. Les papiers glacés sont exclus car la peinture ne pourrait être absorbée. Pour une bonne conservation des papiers marbrés dans le temps, on utilise des papiers au pH neutre.

 

Les différents motifs d'Ebrû traditionnels :

 

(pour voir les photos des différents motifs, veuillez ouvrir le document PDF ci dessous)

1 - Battal (caillouté)
Le motif le plus ancien de papier marbré. C'est la base de toutes les formes d'ebrû. On projette sur le bac les différentes couleurs, l'une après l'autre. Les gouttelettes ne se mélangent pas et se repoussent entre elles sans aucune autre intervention de la part du marbreur.

2 - Chevrons (gelgit ebrû)

Sur un fond de motif battal, ces dessins sont obtenus par des mouvements en zig zag parallèles aux côtés du récipient. Ce mouvement d'ondes est parfois en diagonale.

3 - Chal Ebrû

S'obtient en dessinant plusieurs 'S' ou ‘8' sur un papier chevron dans la direction opposée au dernier mouvement.

4 - Coquilles (bulbul yuvasi)

Obtenus par des mouvements circulaires de l’extérieur vers l’intérieur et rapprochés sur un papier marbré au motif battal.

5 - Peigné(tarakli ebrû)

Après réalisation d'un battal ebrû, on étire les couleurs horizontalement, puis on passe un peigne verticalement.

6 - Hatip ebrû

Sur un fond battal monochrome, on dépose des gouttes de couleurs à la surface de la gomme. Elles forment des cercles à partir desquels, à l'aide d'un bâton, on forme des motifs traditionnels en étoiles ou en pétales de fleurs.

7 - Kumlu ebrû (sablé)

Au bout de quelques jours d'utilisation, la gomme veillie
et se réduit, c'est alors que l'on dépose à la surface de la gomme des gouttes d'indigo précisément au même endroit. La couleur s'étale progressivement et commence à craquer.

8 - Pastel (hafif ebrû)

La peinture est plus diluée que dans les autres types de papier marbré. Le papier marbré pastel est utilisé comme base pour la calligraphie.

9 - Yazili ebrû (calligraphie)

il existe deux techniques pour réaliser ce papier :
‐ soit en utilisant une technique de pochoir
‐ soit en écrivant la calligraphie directement sur le papier avec de la gomme arabique liquidifiée : cette partie n'absorbera pas de couleur et restera blanche.

10 - Fleurs (çiçekli ebrû)

Sur un fond uni, le marbreur dessine différents types de fleurs : la tulipe, l'oeillet ou bien la pensée, entre autres. Le maître dans l'art de l'ebrû doit donner la forme des fleurs très rapidement avant que les peintures ne commencent à se fissurer à la surface de l'eau. On ne peut donc pas comparer l'art de l'ebrû avec celui de la peinture.

 


Liste des artisans appartenant à ce métier